Mike Edwards, spécialiste anglais de l'environnement, en est persuadé: «Cette surface d'essai-là devrait être fauchée et réensemencée à l'automne.» L'auteur de différentes publications et ouvrages sur les bourdons et autres insectes pollinisateurs passe la prairie maigre au peigne fin, prend des notes avec son ordinateur portable et essaye en même temps d'établir une statistique des insectes qui voltigent.
De Bumblebee à Pollinator
À la mi-juillet, Mike Edwards, qui était invité en Suisse par Syngenta pour quelques jours, a fourni des cours théoriques sur les bases de l'écologie et du comportement des insectes pollinisateurs. Dans la pratique il a étudié, aux côtés d'autres experts et de collaborateurs spécialisés de Syngenta, quelques surfaces d'essais de la Prairie Mellifère suisse de Syngenta. Il a bénéficié à cet égard du soutien, notamment à Stein, d'un employé de Syngenta, Geoff Coates, l'un des initiateurs de l'Opération Bumblebee en Angleterre, le projet qui a devancé l'Opération Pollinator en Europe et en Suisse.
Une plus grande abondance de nourriture
On a ainsi appris que la Prairie Mellifère suisse, comme on appelle ici l'Opération Pollinator, était un projet de biodiversité mené sur plusieurs années. Son objectif est de soutenir de manière durable la reproduction des populations d'insectes qui butinent, en particulier des abeilles sauvages et mellifères. Il a aussi pour objet de permettre aux agriculteurs de créer de manière simple, en bordure des champs, des habitats destinés aux insectes pollinisateurs. «Grâce à ces surfaces, commente Mike Edwards, de nombreux insectes trouveront, pendant toute la saison des vols, une plus grande abondance de pollen et de nectar. Par ailleurs, les bandes fleuries peuvent servir de surfaces de couvain et de nidification protégées aux espèces animales les plus diverses.»
En phase expérimentale
«En Suisse, a expliqué à la mi-juin à Stein Patrick Weiss, le responsable du projet de “l'Opération Pollinator” en Europe, aux collaborateurs de Syngenta, le projet est encore actuellement en phase expérimentale. Autrement dit, différents mix de graminées et de fleurs adaptées aux conditions prévalant en Suisse sont actuellement testés pour déterminer le mix le plus utile et le plus approprié pour les insectes pollinisateurs.»
À Stein, un mix qui se trouve en phase expérimentale est par exemple la version de base d'un mix de jachère tournante composé de coquelicots, de bleuets et de toutes sortes d'herbes des champs. On teste aussi un mix dénommé “Süddeutscher Blühstreifen” (bande fleurie du sud de l'Allemagne) riche en graines de tournesol, ainsi que le mélange spécial Pollinator comprenant de la camomille et un grand nombre d'herbes.
Conseil d'expert
Des surfaces d'essais semblables à celle de Stein, cette dernière étant d'ailleurs accessible au public, existent aussi sur le site Syngenta de Dielsdorf. Mike Edwards est allé les voir à la mi-juillet et a examiné de près les essais déjà effectués avant de donner son avis d'expert. Par ailleurs, il s'est rendu le même jour dans la station de recherche Agroscope de Reckenholz, près de Zurich, où il s'est concerté avec des experts locaux et leur a expliqué le projet et la démarche précise à adopter.
«En Suisse, a expliqué Patrick Weiss, nous avons choisi au printemps des surfaces d'essai de 6 m sur 50 environ et les avons ensemencées avec les mélanges correspondants. L'évolution des populations d'insectes dans ces champs est maintenant observée, accompagnée et évaluée par des experts comme Mike Edwards ou Geoff Coates. Dans un deuxième temps, la «flore mellifère suisse» sera ouverte aux agriculteurs et à d'autres partenaires.
Pour le moment, il y a en dehors de Stein et Dielsdorf des champs d'essai chez Syngenta à Monthey et Commugny, dans la station de recherche Agroscope à Reckenholz, et aussi au zoo de Lange Erlen à Bâle, au parc de golf de Migros à Otelfingen ou sur le terrain de golf de Wylihof à Luterbach près de Soleure.
Indispensable à la continuité
Mike Edwards et son collègue Geoff Coates sont convaincus du succès du projet en Europe : «Les insectes pollinisateurs tels que les abeilles, les papillons ou les syrphes sont indispensables à la préservation d’habitats naturels et à de bons rendements agricoles. En effet, plus de 80% des plantes cultivées en Europe dépendent directement des insectes pour leur pollinisation. Cela concerne notamment une multitude de légumes, de fruits et de baies et représente environ un tiers de la production mondiale de denrées alimentaires.